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Yvan Demers

 

 

MIROIR, MIROIR...


Peut-être avez-vous eu l’occasion comme moi de regarder le reportage de l’émission Le Point concernant les entreprises de chirurgies esthétiques en Californie ? Ces entreprises font des miracles et beaucoup d’argent tout simplement parce que leurs clientes (hé oui ! majoritairement des femmes) sont à la recherche d’une jeunesse éternelle. Ce qui m’a le plus fasciné, c’était de voir toutes ces jolies femmes désirer à grands frais devenir encore plus jolies. Croyez-moi, les opérations de plusieurs d’entre elles ne ressemblaient pas qu’à une simple visite chez le dentiste. Un chirurgien nous avouait candidement qu’il avait de plus en plus de difficulté à satisfaire sa clientèle. D’après lui, ses clients et ses clientes lui demandent ce qu’il ne peut plus offrir : la jeunesse éternelle. Vous allez me dire qu’il n’est pas surprenant de voir ce genre de phénomène en Californie et qu’il ne faudrait pas généraliser une situation à partir de ce petit coin de planète. Je suis d’accord avec vous. Toutefois, à une échelle plus petite, nos médias québécois nous présentent mille et un trucs pour se garder jeunes très longtemps et pour cacher ce qu’ils appellent les ravages du temps. Maintenant que nos sociétés modernes ont réussi à occulter la mort comme phénomène normal de la vie, voilà maintenant qu’elles mettent en place le même mécanisme concernant le vieillissement. Comme si le vieillissement et la mort n’étaient pas l’aboutissement normal d’une vie bien remplie !

 

Il m’est difficile aujourd’hui de voir grandir mes enfants dans cette atmosphère un peu polluée ou les idées à la mode font cohabiter ensemble jeunesse, facilité et pouvoir. On le sait bien, un avenir se bâtit avec des efforts, de la persévérance et une bonne dose de défis à relever. Viennent ensuite les échecs et les réussites qui façonnent notre personnalité et notre expérience si précieuse pour les plus jeunes. À ce titre, la personne et le message de Jésus Christ a toujours agi pour moi comme une lumière sur la route. Pour le Christ, la vie n’est pas qu’un don de Dieu elle est aussi une invitation à transformer le monde qui nous entoure. Croire au Dieu de Jésus Christ ne dispense pas de l’effort, mais plutôt y invite. Il semble bien que la société dans laquelle nous vivons nous invite plutôt à laisser tomber la croix du vieillissement inévitable et de l’effort pour troquer le miroir de Blanche Neige…

Yvan Demers
Reproduction autorisée avec la mention du nom de l'auteur

 

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QUELLE BONNE NOUVELLE ?


Dans les évangiles, il n’y a pas une page qui ne fait pas mention de l’annonce de la Bonne Nouvelle.  D’ailleurs, le mot évangile tire son origine du mot « nouvelle ».  Il semble que dès les débuts du christianisme, on entendait par Bonne Nouvelle « l’événement Jésus » avec tout ce qu’il représentait de neuf et de saisissant.  Force est de constater qu’aujourd’hui, la Bonne Nouvelle ressemble davantage à la Bonne Histoire… à raconter !

 

En effet, par définition, une nouvelle n’est-elle pas l’annonce d’un événement qui vient de se produire et qu’on n’avait pas entendu parler ?  Une nouvelle n’a donc rien à voir avec le « réchauffé », usé par le temps et les traditions.  Dans ces conditions, pouvons-nous encore parler de Bonne Nouvelle en ce qui concerne Jésus ?  Oui, mais à certaines conditions.  Je crois qu’annoncer la Bonne Nouvelle n’est pas d’abord parler de la naissance, de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus.  Quand nous agissons ainsi, nous n’annonçons pas une Bonne Nouvelle, nous faisons de l’histoire.  Faire de l’histoire a son importance et son utilité pratique, mais ce n’est pas annoncer la Bonne Nouvelle.  À mon avis, l’annonce de la Bonne Nouvelle c’est dire haut et fort que le Christ est vivant aujourd’hui, qu’il est Parole en chacun de nous, Parole prête à parler et à être entendue!

 

Mais peut-être sommes-nous plus à l’aise avec l’annonce de la Bonne Histoire plutôt qu’avec celle de la Bonne Nouvelle ?  C’est vrai que la Bonne Histoire est plus confortable, plus sécurisante et moins compromettante.  Mais voilà, annoncer la Bonne Nouvelle c’est délaisser notre confort pour se laisser surprendre par Jésus, Parole en chacun de nous, prête à parler et à être entendue !  Dans cette optique, notre Église trouvera-t-elle le courage de mettre en application les changements structuraux et organisationnels tant parlés et discutés dans les nombreux synodes diocésains tenus ici et à travers le monde ?  Et nous, comme chrétiens et comme Église, saurons-nous entendre l’appel des femmes, Parole du Christ prête à parler et à être entendue aujourd’hui ?  Ces femmes qui ne demandent qu’à être reconnues à part entière dans leur Église…

 

Évangéliser, voilà la raison d’être de notre Église et aussi, la priorité retenue suite aux travaux de notre synode diocésain.  Évangéliser, n’est-ce pas annoncer la Bonne Nouvelle comme Jésus nous a invité à le faire le jour de l’Ascension ?  Mais dites-moi, que signifie vraiment annoncer la Bonne Nouvelle ?

 

Yvan Demers
Reproduction autorisée avec la mention du nom de l'auteur

 

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LA LOI ET LE COEUR


" Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas de meurtre. Eh bien moi je vous dis : tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. Vous avez appris qu’il a été dit : tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien moi je vous dis : Tout homme qui regarde une femme et la désire, a déjà commis l’adultère. " Ce passage bien connu du cinquième chapitre de l’évangile de Matthieu où Jésus commente longuement la Loi de Moïse me rappelle une expérience que je vis à tous les printemps à l’école où je travaille.

 

Je suis un enseignant oeuvrant dans une école primaire qui compte 350 élèves provenant d’un milieu semi-rural. Tous les mois de mai, l’équipe école se rassemble pour réviser tous les articles du règlement de l’école. Chacun y va de ses commentaires et de ses suggestions. La plupart du temps, les commentaires relancent des discussions que nous avons déjà tenues. Immanquablement, à toutes les années, c’est plus fort que nous, on ajoute un article à notre règlement. C’est comme si nous nous donnions une façon d’avoir un meilleur contrôle sur l’imprévisible, sur la vie, sur l’humain. Parfois, je me demande si ce n’est pas une façon à peine voilée de se protéger de notre véritable rôle d’éducateur qui est bien plus grand et bien plus noble que de simplement appliquer des règles écrites dans un grand livre. Pourtant, l’appel à ma conscience est plus engageant que l’application logique au manquement d’une règle.

 

À travers l’histoire, les hommes et les femmes ont fait la même chose avec la réalité mystérieuse de Dieu. En se donnant une Loi avec de multiples règles strictes, le peuple juif s’est tranquillement donné l’illusion d’une certaine emprise, d’un certain contrôle sur le divin. Je les soupçonne d’avoir utilisé cette Loi pour en quelques sorte se protéger contre les appels innombrables que Dieu fait entendre à toutes les consciences et à tous les cœurs humains. En effet, il est plus facile de gérer des interdits, des préceptes et des dogmes que de sonder notre cœur et notre conscience pour y déceler les appels et la volonté de Dieu.

 

Avec cet évangile, Matthieu place Jésus en résistance contre tout règlement, contre toute loi, contre tout système et toute religion qui ne placent pas la dignité humaine au premier rang. " Non pas l’homme pour le sabbat, mais le sabbat pour l’homme " dira-t-il plus tard. Non pas l’homme pour la religion, mais la religion pour l’homme. Non pas l’homme pour un système économique, mais l’économie pour l’homme. Mais, nous le savons bien, c’est la manie de plusieurs humains de bâtir des systèmes complexes pour " améliorer " notre vie. Je lisais dernièrement un commentaire très intéressant d’un sociologue qui écrivait qu’à travers l’histoire, tous les systèmes et toutes les organisations mises sur pied par l’homme finissent avec le temps à exister pour eux-mêmes et non plus pour les besoins pour lesquels ils ont été créés. Cela revient à dire que les lois, les organisations et les systèmes n’ont pas tendance à se transformer pour mieux répondre à nos besoins.

 

Par cet évangile, Jésus nous met en garde contre cette manie de nous appuyer sur une loi, un système ou une organisation pour ne plus avoir à sonder notre conscience. Il est en résistance contre tous ces systèmes qui attaquent la dignité de l’homme et de la femme même si parfois ceux-ci portent le nom de religion. " Il a été dit, eh bien moi je vous dis… " Il est en résistance contre l’accessoire qui devient l’essentiel aux yeux des hommes et des femmes de tous les temps.

 

Voilà pourquoi suivre Jésus comporte des exigences morales très élevées. " Que votre oui soit oui et que votre non soit non " dira-t-il à la fin de son commentaire sur la Loi de Moïse. Il nous demande une bonne dose d’authenticité dans nos rapports avec soi et avec les autres. N’est-ce pas l’à une base solide à l’édification de tout règlement, de tout système, de toute loi et de toute organisation ?

 

Yvan Demers
Reproduction autorisée avec la mention du nom de l'auteur

 

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LA BONNE CLÉ !


Il n’y a pas si longtemps, j’ai eu le malheur de perdre mon trousseau de clés dans un Centre commercial.   La perte de cet instrument fort utile a bouleversé pendant quelques minutes toutes mes activités.  Imaginez quelques instants ne plus pouvoir ouvrir la porte de votre maison, de votre automobile, ne plus avoir accès à votre boîte postale ou à un classeur dans lequel vous ranger des documents importants.  Heureusement, j'ai retrouvé ce fameux trousseau de clés et du même coup, ma vie a repris son cours normal. 

 

Il m’arrive parfois de penser que nous portons aussi d’autres clés qui sont moins apparentes.  Par exemple, nous sommes tous et toutes à la recherche de la clé de la réussite dans le domaine de notre travail et de notre vie familiale.  Nous savons que la clé de la santé est souhaitable pour mener à bien les projets qui nous tiennent à cœur.  Quand nous sommes privés de cette clé sur une courte ou une longue période de notre vie, nous constatons comment elle précieuse et importante.   Avons-nous besoin de parler longtemps de la clé d’un travail bien rémunéré pour bâtir une famille et pour la faire grandir ?  Toute une génération de jeunes adultes recherche actuellement cette clé pour réussir leur vie et réaliser leurs rêves.  Et enfin, que dire de la clé des amitiés solides qui façonnent notre personnalité et notre estime de soi au fil des jours.

 

Pour ma part, je possède une clé que mes parents m’ont soigneusement léguée dès mon tout jeune âge.  Cette clé est celle de ma foi en la personne et au message de Jésus Christ.  Cette clé d’ordre spirituelle ne remplace aucunement les autres clés décrites plus haut.  Toutefois, elle m’ouvre des portes que les autres clés n’ouvrent pas .  Elle ouvre un espace sur Dieu et sur mon prochain.  Cette clé suggère le pardon dans les relations brisées, l’accueil du plus petit et l’espérance malgré les échecs.  Étrangement, elle ne possède pas une couleur particulière et elle n’est pas plus apparente que les autres.  Toutefois, je constate que ma foi en Jésus Christ  m’encourage à utiliser toutes les autres clés que je possède afin de faire ma part dans la construction d’un monde meilleur.  Plus j’y pense et plus je crois que cette clé a des allures de passe-partout dans mes activités au travail, à la maison et dans mes loisirs.

 

Yvan Demers
Reproduction autorisée avec la mention du nom de l'auteur

 

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GARDE-TOI D'OUBLIER...


Ce titre, inspiré d’un conseil que l’on retrouve dans le Livre du Deutéronome se veut une lancée à contre-courant des tendances actuelles.  Au commencement d’une nouvelle année, d’un nouveau siècle et même, d’un nouveau millénaire, tout nous invite à regarder en avant plutôt que par en arrière.  Les commerces et les différents médias ont vite compris que le chiffre 2000 était une bonne occasion d’affaires en insistant sur l’aspect désuet de tout ce qui précède l’an 2000.  Comment bâtir sur du solide en oubliant notre passé ou pire encore, en méprisant notre passé?  Le passé n’est-il pas garant de l’avenir ?

 

Quelques faits marquants du dernier siècle

 

Au cours de ce dernier siècle, nous retenons certainement la rapidité et surtout le nombre incroyable d’innovations technologiques qui ont transformé nos façons d’agir et même, nos façons de penser.  Pensons à l’arrivée de l’électricité dans nos maisons, à l’ampoule électrique, la radio et la télévision, aux machines qui automatisent des tâches routinières : laveuse, sécheuse et lave-vaisselle.  J’écris actuellement avec un crayon électronique qui automatise même mes sauts de lignes et qui corrige mes erreurs orthographiques !  La venue de l’ordinateur a contribué grandement à l’accélération des innovations technologiques.  Toutes ces innovations ont contribué à notre confort et à l’exploration de notre monde.

 

En effet, souvenons-nous des odyssées de l’équipe Cousteau, des vols Apollo et de la station orbitale russe.  La recherche s’est aussi intensifiée dans le domaine médical.  Nous visitons maintenant le corps humain avec des instruments qui permettent de déceler la moindre anomalie.  Nous savons maintenant où se situe le siège émotionnel et rationnel du cerveau.  Nous contrôlons davantage les ravages du cancer et nous greffons de plus en plus d’organes avec succès.  Et que dire des explorations et des innovations dans le domaine artistique, littéraire, théâtral et cinématographique.

 

Toutes ces innovations et explorations ont contribué à favoriser des nouvelles façons de penser et de communiquer entre nous.  Nous savons maintenant que la terre, notre demeure, est une bien petite planète qu’il faut protéger.  Nous communiquons maintenant en temps réel partout sur la terre.  Dans la seconde moitié du siècle, l’Église catholique a donné un sérieux coup de balai dans ses pratiques et dans sa façon de concevoir le monde.  Le monde du travail a vu s’enraciner une nouvelle force, celle des syndicats pour faire contrepoids aux « puissances capitalistes ».  Les femmes et les enfants ont contribué et profité largement d’une remise en question de nos valeurs et de nos droits collectifs et individuels.  Des murs sont tombés et pas seulement celui de Berlin !

 

Quelques faits troublants du dernier siècle

 

Notre siècle a vu se dérouler deux grandes guerres qui figurent parmi les plus meurtrières depuis que l’homme sait compter.  Trop souvent, nos progrès technologiques se sont retournés contre nous : nos bombes tuent mieux et plus proprement, les robots des usines modernes tuent l’estime de soi de nombreuses femmes et de nombreux hommes condamnés au chômage.  Pourtant, ces fameux progrès technologiques devaient donner naissance à une nouvelle société axée sur les loisirs.  Nous constatons que le travail occupe toujours une place aussi importante et que les lois du travail se referment et se durcissent devant des enjeux nouveaux provoquant ici et là de nouvelles maladies de l’âme.

 

La dernière moitié du siècle a foisonné de théories nouvelles sur l’éducation des enfants, la vie et la conception du bonheur.  Dans tout cela, il semble bien, comme le mentionne avec justesse Jacques Grand Maison dans son dernier ouvrage intitulé « Quand le jugement fout le camp », que l’émotion ressentie à l’instant présent soit maintenant la référence sur laquelle reposent nos jugements individuels et collectifs.  D’une société qui occultait ses enfants et qui ne leur donnait quasiment aucun droit, nous sommes passés à une société aux prises avec des « enfants-rois ».  D’une société ayant pour fondement la cellule familiale avec des rôles et des pouvoirs précis, nous sommes passés à une société qui se structure sur des familles éclatées en redéfinition constante.  D’une société privilégiant les droits collectifs, nous sommes passés à une société qui privilégie les droits individuels, oubliant du même souffle les devoirs qui s’y rattachent.

 

Nous avons maintenant la possibilité de communiquer instantanément sur toute la planète, mais nous avons de la difficulté à nommer notre voisin de porte ou de rue.  La vitesse  est dorénavant un gage d’efficacité et de fiabilité rendant suspect ce qui a besoin de temps pour mûrir et grandir.  L’éducation aux valeurs, à l’effort et à la persévérance demeure de belles paroles souvent oubliées dès les premiers obstacles rencontrés.

 

2000 ans de présence chrétienne…

 

Il me vient à l’esprit les paroles d’un très beau chant de l’auteur-compositeur Robert Lebel : « Ensemble, il me semble, on pourrait changer le monde.  De jour en jour, de cœur en cœur, par des gestes d’amour.  On pourrait changer le monde, en changeant tout d’abord son cœur ».  C’est précisément ce que les chrétiens et chrétiennes de toutes races et nations ont réalisé depuis 2000 ans.  On peut affirmer sans avoir honte que le christianisme a transformé notre monde.  L’année 2000 est bien plus qu’un « paquet de troubles informatiques », bien plus qu’une occasion d’affaires, c’est une Bonne Nouvelle à annoncer : aujourd’hui comme il y a 2000 ans, « se tient au milieu de nous Celui que nous ne connaissons pas. »  Alors, laisserons-nous toute la place aux technologues, aux prophètes de l’individualisme, et aux commerçants le soin de poursuivre la transformation du monde ?

 

Yvan Demers
Reproduction autorisée avec la mention du nom de l'auteur

 

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LES MIRACLES... DES HISTOIRES D'AMOUR ?


 

Le dimanche, à l’église, particulièrement depuis le début de la nouvelle année, les chrétiens et les chrétiennes relisent et approfondissent les textes de l’évangéliste Marc.  Les premières pages de cet évangile parlent beaucoup de miracles et ont tendance à présenter Jésus comme un faiseur de miracles.

 

À l’époque de Jésus, les lépreux et les malades de toutes sortes étaient des personnes exclues de leur communauté.  On les croyait même punies par Dieu.  Les grands malades étaient considérés en quelque sorte comme des morts ambulants que Dieu seul pouvait ramener à la vie.  Regardé sous cet angle, on mesure mieux l’importance des miracles de Jésus qui ramènent à la vie les morts ambulants et qui brisent l’exclusion sociale et religieuse des plus méprisés.

 

Dans les évangiles, les miracles de Jésus sont toujours des gestes et des paroles qui expriment une totale solidarité avec les pauvres, les méprisés et les exclus.  Ils sont toujours réalisés dans un contexte de relations humaines.  Pour l’évangéliste Marc, les miracles sont aussi perçus comme des signes de la réalisation de la promesse de bonheur de Dieu pour son peuple, particulièrement pour sa petite communauté chrétienne qui vivait en marge de la grande ville de Rome.  En somme, les miracles à la manière de Jésus ont un sens déchiffrable dans la ligne du Règne de Dieu.

 

À l’époque de l’Ancien comme du Nouveau Testament, les faiseurs de miracles étaient assez répandus.  Ce qui distinguait Jésus des autres faiseurs de miracles c’était le sens qu’il donnait à ses gestes et à ses paroles.  En effet, les gestes miraculeux de Jésus exprimaient un amour et une charité peu commune avec les blessés de la vie.  Jésus ne faisait pas de miracles pour accroître sa popularité ou bien pour faire de l’argent comme c’était le cas pour la plupart des faiseurs de miracles qui l’entouraient.  Il faisait des miracles pour ouvrir les cœurs à la réalisation de la promesse de bonheur de Dieu pour le monde.

 

Méfions-nous du merveilleux pour le merveilleux.  Méfions-nous du merveilleux au sens indéchiffrable comme les icônes qui saignent, les statues qui suintent ou qui pleurent. Ces événements n’interviennent pas dans un contexte de relations humaines, un contexte pourtant privilégié par Jésus.  Ces événements n’ont pas de sens dans l’optique de la réalisation de l’Alliance entre Dieu et son peuple (André Myre, MEQ.  Les miracles deviennent une réalité de foi quand la solidarité avec les pauvres et les exclus est privilégiée.  Essayons donc maintenant d’appliquer cette petite grille de lecture à tous les faiseurs de miracles qui nous entourent.  Et si les gestes miraculeux de Jésus n’étaient ni plus ni moins que les plus formidables histoires d’amour entre Dieu et sa création ?

 

Yvan Demers
Reproduction autorisée avec la mention du nom de l'auteur

 

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L'ÉDUCATEUR... ÉDUQUÉ !


Il y a parfois des situations où les rôles sont renversés : l’éducateur devient l’éduqué et l’éduqué… l’éducateur.  En voici un exemple tiré d’un fait vécu. Par un beau jour ensoleillé du mois de juillet, nous décidons, mon épouse et moi, de repeindre les murs de notre cuisine.  Toutes les « conditions gagnantes » étaient rassemblées : température confortable, ensoleillement avantageux et surtout, la possibilité pour nos quatre garçons de s’amuser à l’extérieur de la maison.  Inutile de vous dire que la dernière condition était pour nous la plus importante.

 

Pendant que je vérifiais mes outils de travail et que je jetais un dernier regard sur nos murs défraîchis par tant d’empreintes de petites mains, mon épouse préparait les jeux et quelques petites gâteries pour les enfants afin qu’ils puissent jouer longtemps, très longtemps sans déranger leurs parents affairés à des choses plus sérieuses.  Ne croyant pas aux miracles, j’avoue avoir été septique sur le temps libre que nous aurions avant d’avoir l’un de nos enfants dans les jambes et un autre le nez dans nos « gallons » de peinture.  En effet, la réalité allait rapidement rattraper nos illusions, car très tôt, Jean-Samuel, le troisième de la lignée de nos mousquetaires, criait d’une voix forte : « Venez voir la fleur réveillée ! ».

 

Plus Jean-Samuel s’approchait de nous et plus il persistait à nous montrer « la fleur réveillée ».  Je me rappelle avoir demandé à mon épouse d’un ton excédé d’aller voir ce qui en était.  Moi, j’avais plus important à faire….  Malgré mon opposition, Jean-Samuel insistait pour que ses deux parents voient sa « fleur réveillée ».  Devant son insistance et comprenant que j’étais mieux d’obéir pour avoir la paix plus rapidement, je descendis d’un pas impatient et frustré les quelques marches de mon escabeau.  Sitôt descendu de mon « podium », j’ai dû courir derrière mon fils qui était pressé de me montrer sa découverte.  « Regardez, la fleur est réveillée »  Quelle ne fut pas ma surprise de voir Jean-Samuel complètement envoûté par un lys sauvage qui avait, pour la première fois, ouvert ses magnifiques pétales au monde.  Et voilà que dans ce monde un peu trop occupé aux choses sérieuses, Jean-Samuel a pris le temps de s’en émerveiller et d’en témoigner avec force et conviction.

 

Je vous parle aujourd’hui d’un événement qui s’est produit il y a déjà 6 ans.  Comment se fait-il que cet événement ait marqué si profondément ma mémoire et mon cœur ?  Tout simplement parce que j’ai fait l’expérience d’être éduqué par un plus petit que moi.  J’ai fait l’expérience du Petit Prince qui rencontre le renard et qui laisse le temps rendre possible une rencontre fructueuse et éducatrice.  J’ai fait une expérience de Dieu en la personne de mon jeune fils.  Jamais je ne l’oublierai !

 

Yvan Demers
Reproduction autorisée avec la mention du nom de l'auteur

 

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LE ROYAUME : LA FORCE DES PETITS GESTES !


Il n’y a pas tellement longtemps, j’avais à présenter la réalité spirituelle du Royaume de Dieu à mes élèves, des enfants de huit ans.  J’avoue franchement que je ne savais pas par quel bout prendre cette réalité pour la rendre « visible » et « palpable » à mes jeunes élèves.

 

Comme vous tous, je sais que dans les évangiles, les paraboles du Royaume constituent l’un des enseignements majeurs de Jésus.  Et pourtant, Jésus n’a jamais donné de définition claire du Royaume, seulement des comparaisons.  Et encore, ses comparaisons sont toujours déroutantes, on a même parfois l’impression de contradictions impossibles.  Par exemple, un jour Jésus parle du Royaume des cieux qui est comparable à l’infiniment petit comme une graine de moutarde alors qu’un autre jour, il le compare à l’infiniment grand comme un arbre où les oiseaux peuvent se percher.  Jésus dira aussi que le Royaume est réservé aux juifs, au peuple choisi, et plus tard, il proclamera avec force que les pauvres, les bandits et même les prostituées y ont une place de choix.  Avec Jésus, sur la question du Royaume, on nage dans des contradictions constantes.  Ces paradoxes, les évangélistes les cultivent aussi bien que Jésus.  N’est-ce pas eux qui présentent Jésus comme un roi exalté à la droite de Dieu alors qu’il est mourant sur une croix ?  Toutes ces images bibliques ont le mérite de faire ressortir que le Royaume de Dieu est d’abord et avant tout une façon d’être en relation avec le Tout-Puissant, le Tout-Autre.  C’est en quelque sorte, bâtir un espace du cœur où Dieu est le bienvenu.

 

L’échange entre Pilate et Jésus rapporté par les évangélistes, particulièrement celui de Jean, nous lance sur un malentendu fort intéressant : pour Pilate, les mots roi et royaume n’ont qu’une portée politique alors que pour Jésus, ces mots ont une portée spirituelle.  Ce malentendu a l’avantage de faire ressortir clairement la distance qui sépare le monde d’ici-bas des réalités de Dieu.  On le voit bien, ce qui distingue Jésus des autres rois de la terre, c’est le témoignage qu’il rend à la vérité.  Ce témoignage n’est pas d’abord un discours, un enseignement ou une théorie, le témoignage de Jésus est composé d’une multitude de petits gestes réalisés au jour le jour en faveur des petits, des pauvres, des malades et des exclus de nos petits royaumes politiques et religieux.  N’ayons pas peur des mots, Jésus a mis sa foi dans l’incroyable force des petits gestes pour changer le monde.

Un matin que je sortais de chez moi encore inspiré par toutes ces pensées sur le Royaume de Dieu, j’ai trouvé à mes pieds un nid d’oiseau parfaitement intact.  Il avait dû tomber d’un arbre situé tout près de ma maison et pourtant, il avait résisté au choc brutal avec le pavé.  En observant de plus près ce nid, j’ai saisi que je tenais enfin dans les mains l’image que je cherchais.  Ce nid représentait très bien l’idée que je me faisais du Royaume de Dieu.  En effet, comme il en a fallu de petits gestes pour construire ce nid !  Comme il en a fallu de voyages, de brindilles, d’efforts pour en arriver à construire cet espace minuscule qui a vu naître, grandir et s’épanouir toute une famille d’oiseaux !

 

Rappelons-nous que dans l’esprit biblique, parler du Royaume de Dieu, c’est parler d’une façon d’entrer en relation avec Dieu.  C’est en quelque sorte, créer un espace en nous et autour de nous où Dieu est chez lui, où Dieu est le bienvenu.  Comment est-il possible de créer cet espace ?  Tout simplement en empruntant le même chemin que Jésus, c’est à dire en rendant témoignage à la vérité.  Ce témoignage est composé essentiellement de l’incroyable force des petits gestes d’amour que nous réalisons au travail, dans la paroisse, dans nos loisirs et à la maison.  C’est en empruntant ce chemin que nous verrons naître, grandir et s’épanouir le règne de Dieu d’abord en nous puis autour de nous.

 

À partir de cette image qui m’était tombée du ciel (c’est vraiment le cas de le dire), j’ai pu parler longuement aux enfants d’une réalité spirituelle difficile à percevoir et pourtant essentielle dans les discours et les entretiens de Jésus.  Je dois donc une fière chandelle à mes amis les oiseaux.

 

Yvan Demers
Reproduction autorisée avec la mention du nom de l'auteur

 

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L'INCROYABLE FORCE DES PETITS GESTES


Il n’y a pas tellement longtemps, j’avais à présenter la réalité spirituelle du Royaume de Dieu à mes élèves, des enfants de huit ans.  J’avoue franchement que je ne savais pas par quel bout prendre cette réalité pour la rendre « visible » et « palpable » à mes jeunes élèves.

 

Comme vous tous, je sais que dans les évangiles, les paraboles du Royaume constituent l’un des enseignements majeurs de Jésus.  Et pourtant, Jésus n’a jamais donné de définition claire du Royaume, seulement des comparaisons.  Et encore, ses comparaisons sont toujours déroutantes, on a même parfois l’impression de contradictions impossibles.  Par exemple, un jour Jésus parle du Royaume des cieux qui est comparable à l’infiniment petit comme une graine de moutarde alors qu’un autre jour, il le compare à l’infiniment grand comme un arbre où les oiseaux peuvent se percher.  Jésus dira aussi que le Royaume est réservé aux juifs, au peuple choisi, et plus tard, il proclamera avec force que les pauvres, les bandits et même les prostituées y ont une place de choix.  Avec Jésus, sur la question du Royaume, on nage dans des contradictions constantes.  Ces paradoxes, les évangélistes les cultivent aussi bien que Jésus.  N’est-ce pas eux qui présentent Jésus comme un roi exalté à la droite de Dieu alors qu’il est mourant sur une croix ?  Toutes ces images bibliques ont le mérite de faire ressortir que le Royaume de Dieu est d’abord et avant tout une façon d’être en relation avec le Tout-Puissant, le Tout-Autre.  C’est en quelque sorte, bâtir un espace du cœur où Dieu est le bienvenu.

 

L’échange entre Pilate et Jésus rapporté par les évangélistes, particulièrement celui de Jean, nous lance sur un malentendu fort intéressant : pour Pilate, les mots roi et royaume n’ont qu’une portée politique alors que pour Jésus, ces mots ont une portée spirituelle.  Ce malentendu a l’avantage de faire ressortir clairement la distance qui sépare le monde d’ici-bas des réalités de Dieu.  On le voit bien, ce qui distingue Jésus des autres rois de la terre, c’est le témoignage qu’il rend à la vérité.  Ce témoignage n’est pas d’abord un discours, un enseignement ou une théorie, le témoignage de Jésus est composé d’une multitude de petits gestes réalisés au jour le jour en faveur des petits, des pauvres, des malades et des exclus de nos petits royaumes politiques et religieux.  N’ayons pas peur des mots, Jésus a mis sa foi dans l’incroyable force des petits gestes pour changer le monde.

 

Un matin que je sortais de chez moi encore inspiré par toutes ces pensées sur le Royaume de Dieu, j’ai trouvé à mes pieds un nid d’oiseau parfaitement intact.  Il avait dû tomber d’un arbre situé tout près de ma maison et pourtant, il avait résisté au choc brutal avec le pavé.  En observant de plus près ce nid, j’ai saisi que je tenais enfin dans les mains l’image que je cherchais.  Ce nid représentait très bien l’idée que je me faisais du Royaume de Dieu.  En effet, comme il en a fallu de petits gestes pour construire ce nid !  Comme il en a fallu de voyages, de brindilles, d’efforts pour en arriver à construire cet espace minuscule qui a vu naître, grandir et s’épanouir toute une famille d’oiseaux !

 

Rappelons-nous que dans l’esprit biblique, parler du Royaume de Dieu, c’est parler d’une façon d’entrer en relation avec Dieu.  C’est en quelque sorte, créer un espace en nous et autour de nous où Dieu est chez lui, où Dieu est le bienvenu.  Comment est-il possible de créer cet espace ?  Tout simplement en empruntant le même chemin que Jésus, c’est à dire en rendant témoignage à la vérité.  Ce témoignage est composé essentiellement de l’incroyable force des petits gestes d’amour que nous réalisons au travail, dans la paroisse, dans nos loisirs et à la maison.  C’est en empruntant ce chemin que nous verrons naître, grandir et s’épanouir le règne de Dieu d’abord en nous puis autour de nous.

 

À partir de cette image qui m’était tombée du ciel (c’est vraiment le cas de le dire), j’ai pu parler longuement aux enfants d’une réalité spirituelle difficile à percevoir et pourtant essentielle dans les discours et les entretiens de Jésus.  Je dois donc une fière chandelle à mes amis les oiseaux.

 

Yvan Demers
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UNE ÉGLISE FOLLE DE SES ENFANTS ?


Ce n’est plus un secret pour personne, tous les efforts consentis à l’initiation des enfants aux sacrements du pardon, de l’eucharistie et de la confirmation ne donnent pas tous les fruits espérés.  À une époque pas si lointaine, on pouvait toujours blâmer le travail des enseignants et des enseignantes de nos écoles publiques plaidant leur indifférence ou leur ignorance religieuse afin de justifier le piètre intérêt de nos enfants pour la foi et les sacrements vécus en Église.  Cela avait l’avantage de jeter la balle dans le camp voisin plutôt que de nous obliger à analyser nos propres pratiques.  Mais voilà que, depuis vingt ans, se sont de bons et fidèles chrétiens qui ont repris le collier sans toutefois avoir plus de succès que nos professeurs de l’école publique.  Alors, dîtes-moi, où est le problème ?  À qui pourrions-nous rejeter une fois de plus la faute ?

 

Et si comme chrétien, adulte dans la foi, je ne désirais plus d’enfant ?  Et si notre Église ne voulait plus enfanter ?  J’emprunte cette question troublante de l’abbé Gilles Routhier qui prononçait il y a quelques mois une importante allocution devant l’assemblée des évêques du Québec.  Celle-ci fut reprise dans un dernier numéro de la revue Église canadienne.  La question mérite que l’on s’y attarde quelques instants.  En effet, car, si effectivement, notre Église, un peu à l’image des familles québécoises qui la compose, ne désirait plus enfanter, quel serait son avenir ?  Notre Église serait-elle atteinte du même malaise face à la fécondité que celui qui semble affecter l’ensemble de la société québécoise ?  Bien entendu, avoir des enfants est passablement dérangeant, ça bouleverse une vie et un portefeuille et ça vous décroche un rêve plusieurs nuits dans une année !  Tous les lecteurs et toutes les lectrices qui lisent ces lignes et qui ont fait l’expérience de l’enfantement savent très bien de quoi je parle.

 

Au fil des ans, mon épouse et moi avons accueilli quatre enfants dans notre vie de couple pour ainsi former une nouvelle entité : une famille.  L’arrivée progressive de ces enfants a réduit l’espace de notre petite maison, nos heures de sommeil, la marge de manœuvre de notre portefeuille et a multiplié par cent nos soucis quotidiens.  Que de fois, encore aujourd’hui, sommes-nous obligés de reporter certains achats ou certaines réparations parce que nous devons investir le peu de nos ressources dans des « biens durables » comme la santé, l’éducation et la nourriture.  Avec les années, je constate que, vouloir des enfants, c’est accepter de moins investir sur les biens matériels et davantage sur le capital humain.  Aux yeux de nos plus brillants économistes, mon épouse et moi avons fait un choix économique qui nous mène à la catastrophe : marge de manœuvre réduite, investissements non rentables, endettement, des dépenses imprévisibles et en croissance.  Toutefois, aux yeux de Dieu et j’ose l’espérer, aux yeux de la société, nous avons gagné beaucoup en humanisme et en don de soi.  L’expérience d’enfantement est une expérience unique qui humanise.

 

Si l’Église du Québec désire enfanter de nouveaux croyants et de nouvelles croyantes, elle devra se mettre à la dure école de la maternité et de la paternité.  À l’image de la famille, elle devra investir massivement ses ressources dans l’éducation, l’accueil et l’animation de la « marmaille ». Vouloir des enfants signifie beaucoup plus que de vouloir les recevoir « comme de la visite ».  Vouloir réellement des enfants signifie de réorienter nos priorités actuelles : revoir nos dépenses d’immobilisation afin d’accorder la plus grande part en ressources humaines qualifiées, ne pas hésiter à régionaliser des services d’éducation et d’animation en cessant de tout vouloir faire dans chacune des paroisses, adapter nos liturgies afin qu’elles « parlent » aux enfants plutôt que d’utiliser des enfants pour embellir « nos » liturgies pour adultes, accepter que les enfants apprennent en faisant des expériences et… des erreurs.

 

Sur ce point, la riche expérience de saint François d’Assise est ici encore très pertinente.  « Prends soin de mon Église ! »  En entendant cet appel de Dieu, François avait compris que l’Église dont il était question était d’abord la petite chapelle délabrée près de sa ville.  Alors, sans perdre de temps, il a mis tous ses efforts dans la reconstruction de cette petite église.  Plus tard, il devait comprendre que la mission que le Seigneur lui avait confiée n’était pas d’ordre matériel, mais humain : l’église qu’il devait rebâtir était celle constituée de pierres vivantes, de personnes de toutes conditions et de toutes cultures.  C’est à cette période de sa vie qu’il faisait passer son confort personnel après celui des autres et qu’il « enfantait » dans la foi.   « C’est en se donnant que l’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on se retrouve soi-même, c’est en pardonnant que l’on obtient le pardon, c’est en mourant que l’on ressuscite à la vie ».

 

Un peu à l’image de François et des familles qui font le choix de la vie, l’Église, c'est-à-dire chacun de nous, devra accepter de faire des choix difficiles en regard de l’enfantement.  Nous devrons certainement nous départir de certaines contraintes matérielles afin de faire plus de place à l’éducation et à l’animation de la foi.  Allez, je vous envoie, faites des disciples…  N’est-ce pas un appel à l’enfantement et au dépassement ?

 

Yvan Demers
Reproduction autorisée avec la mention du nom de l'auteur

 

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À LA CROISÉE DE NOS CHEMINS...


Très souvent, il nous arrive de comparer la vie à une route avec ses virages, ses obstacles, ses montées et ses descentes.  Sur la route comme dans la vie, tôt ou tard, des croisées de chemins se présentent à nous et nous devons choisir une direction pour continuer la route : un déménagement, un nouveau travail, une naissance, une mortalité, une santé vacillante, etc.  À ces moments précis de notre « voyage », il est heureux de pouvoir compter sur des valeurs et des convictions profondes pour guider nos choix.  Il est aussi souhaitable de pouvoir compter sur des amis pour nous les rappeler au besoin, quand la route de la vie traverse un épais brouillard.

 

Au moment où j’écris ces quelques lignes, je réfléchis avec une équipe engagée dans la pastorale paroissiale.  Ensemble, nous échangeons sur la période du carême qui commencera bientôt.   Une question me trotte dans la tête depuis cette réunion.  À la manière des panneaux routiers qui guident ma conduite sur les routes et autoroutes du Québec, Jésus peut-il être un point de repère encore utile et signifiant dans ma vie ?

 

À la croisée des chemins, quand les choix deviennent plus difficiles comme ce fut le cas pour Jésus sur le mont Thabor où au désert lorsqu’il fut ébranlé jusque dans ses convictions les plus chères, je me rappelle que la Parole de Dieu éclaire la route de ma vie.  Cette Parole est pour moi un repère, une référence utile sur la route, car une expérience humaine qui s’enracine dans plus de 4000 ans d’histoire mérite que je m’y attarde et que je lui accorde une place privilégiée sur la route de ma vie. 

 

À la croisée des chemins, quand la route m’épuise et m’assoiffe, comme ce fut le cas pour Jésus au puits de Samarie, je me rappelle l’importance d’entrée en relation avec autrui malgré leurs différences.  Je me rappelle aussi l’importance de me ressourcer pour combler mes soifs de bonheur et de paix.  Cette belle page de l’évangile de Jean est pour moi un repère, une référence utile qui m’invite à profiter des nombreuses « haltes routières » qui s’offrent à moi à la maison, au bureau, à l’école ou dans la paroisse comme autant de petits moments ressourçant et énergisant pour poursuivre ma route.

 

À la croisée des chemins, quand je me laisse séduire par le paraître, les slogans à la mode et par la consommation de biens plus ou moins utiles, j’aperçois Jésus qui discute avec l’aveugle né près de la piscine de Siloé.  Je le vois encore utiliser de la boue et appliquer cette « pâte » mystérieuse sur les yeux du malheureux.  Je comprends alors que le vrai miracle que Jésus opère n’est pas au niveau physique, mais plutôt  au niveau spirituel.  Il permet à l’aveugle de « voir plus loin » autour de lui et au-dedans de lui.  Cet aveugle me rappelle l’importance de l’authenticité dans mes rapports avec les autres et avec moi-même.  Cette rencontre entre Jésus et l’aveugle est pour moi un point de repère, une référence utile sur la route de ma vie.

 

À la croisée des chemins, quand la mort et la maladie frappent trop tôt comme ce fut le cas pour Lazare où Jésus s’est rendu pleurer une amitié brisée, je me rappelle qu’en Jésus, tout est possible et que la vie offre des surprises inattendues.  Il est réconfortant pour moi de savoir que l’espérance qui me fait marcher sur la route prend sa source en Jésus, Résurrection et Vie.

 

Cette réunion du conseil de pastorale paroissiale a éveillé en moi une question surprenante.  Elle a aussi apporté des réponses réconfortantes et apaisantes.  Plus que jamais, je constate que Jésus se fait solidaire de toutes mes croisées de chemins.  Il se fait proche de mes choix parfois difficiles, de mes soifs, de mes fatigues et de mes mirages.  J’en ai la conviction profonde.  C’est aussi ma foi !

 

Yvan Demers
Reproduction autorisée avec la mention du nom de l'auteur

 

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COMME UN VEILLEUR ATTEND L'AURORE !


Il y a des gens autour de nous pour qui le métier est de toujours être prêts à intervenir.  Je pense aux pompiers qui doivent se maintenir en état de veille en pratiquant des techniques nouvelles et en suivant des cours entre deux sorties.  Je pense aussi aux personnes qui œuvrent dans les salles d’urgence : en tout temps, elles doivent se tenir prêtes à toutes éventualités.  Je pense à ceux et celles qui planifient la sécurité publique.  À l’occasion, ils simulent des scénarios catastrophiques afin de vérifier leurs réflexes et leurs plans soigneusement élaborés sur les planches à dessin.  Partout, autour de nous, des hommes et des femmes doivent veiller au bien-être de leurs concitoyens.

 

Un chemin de spiritualité

 

À maintes occasions, dans la bible, des prophètes crient et chantent l’importance de se tenir prêts « comme un veilleur attend l’aurore ».  Jésus n’y échappe pas.  Plusieurs fois, il exhorte ses contemporains à se tenir prêts au cas où « l’époux reviendrait », « le jour ou la nuit », « comme un voleur dans une maison ».   Toute la Liturgie de l’Église catholique, de novembre et une bonne partie de décembre, accorde une large place à l’attitude du veilleur.  Et si c’était là une façon de vivre sa foi chrétienne ?  Et si c’était un chemin de spiritualité qui nous permettrait de « voir » Dieu, de rencontrer le Christ ressuscité vivant et agissant au milieu de nous ?

 

Des chemins de rencontres

 

Le Dieu de Jésus Christ se présente à moi très souvent sous les traits du plus petit, du plus méprisé et du plus faible.  Il n’a pas l’habitude de montrer sa carte d’identité pour forcer mon attention ou mon respect. À titre d’enseignant, il m’arrive de rencontrer des enfants laissés à eux-mêmes et des parents qui ne savent pas aimer leurs enfants.  Il faut avoir des yeux du cœur pour reconnaître le Christ sur ces visages.

 

Je dois veiller et me tenir prêt, car le Dieu de Jésus Christ s’offre à moi dans les paroles et les gestes aussi ordinaires que celui d’un mot d’encouragement, d’une tape sur l’épaule ou le partage d’une miche de pain sur le coin de la table.  Ce Dieu n’a pas l’habitude de répandre une odeur d’encens dans la pièce pour sacraliser sa présence et pour forcer mon attention.  Dans mon travail à l’école, il faut que je sois un familier de Dieu pour que je le reconnaisse dans le sourire d’un élève, une main tendue qui a besoin de sécurité, les mercis généreux et les encouragements des parents. 

 

Pourquoi veiller ?  Parce que le Dieu de Jésus Christ est un Dieu qui se laisse toucher, blesser et même violenter quand mon prochain est touché, blessé ou violenté.  Ce Dieu n’a pas l’habitude de lever un petit drapeau noir pour marquer chacune des situations d’injustice.  Il faut une sensibilité affinée pour le reconnaître là où on n’aimerait pas le retrouver.  Pourtant, il était là quand un jeune enfant m’a avoué se faire battre à coup de soulier, tous les soirs, en rentrant à la maison.  Il était là, ce Dieu caché, dans les pleurs de cette petite fille qui craignait avoir échoué un examen.  Mais que faisait-il donc au beau milieu de cette famille éclatée qui s’arrachait leur seul enfant comme on moyenne de la marchandise ?

 

Enfin, le Dieu qui se donne en nourriture sous les signes du pain et du vin à chaque Eucharistie n’a pas l’habitude de changer le goût et la couleur du vin ou du pain pour attester sa présence.  Il faut beaucoup de foi et d’humilité pour discerner sa présence dans ce repas élémentaire.  Au beau milieu d’un monde qui croit uniquement ce qui se calcule et se prouve scientifiquement, on peut dire que notre Dieu est plutôt discret au mémorial du sacrifice de son Fils.  Comme enseignant et catéchète, il m’arrive parfois, au même titre que les parents et les enfants que j’accueille, de le chercher et d’avoir de la difficulté à accorder du temps à la prière et au rassemblement dominical.

 

Pourquoi veiller ?

 

Notre Dieu est un Dieu caché.  Il ne s’impose pas à nous.  Il faut donc se tenir prêt, gardez notre cœur en éveil comme on garde une lampe allumée.  Veiller pour ne pas nous endormir, pour ne pas nous engourdir.  Bien humblement, je suis d’avis que le meilleur chemin de spiritualité est celui qui me conduit vers mes frères et sœurs.  C’est là que notre Dieu nous convie, c’est aussi là qu’il se manifeste.  « Je vous le dis, veillez ! » dit Jésus.  Et si c’était un chemin de spiritualité qui nous permettrait de le rencontrer, Lui, le Vivant !

 

Yvan Demers

Adaptation : www.portstnicolas.net (René Ludmann)
Reproduction autorisée avec la mention du nom de l'auteur

 

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IL N’EST PAS DE CEUX QUI NOUS SUIVENT !


Un jour que les affaires allaient plutôt bien, le groupe des douze a revendiqué la propriété exclusive de Jésus.  Ils déléguèrent Jean pour dire à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un chasser les esprits mauvais en ton nom.  Nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent ».  Dans un langage moderne, on pourrait affirmer ici que les apôtres voulaient négocier l’exclusivité des droits d’auteur sur les faits et gestes de Jésus.  Mais voilà, à l’opposé de la demande des apôtres, Jésus annonce la dépossession.  Alors que le souci de ces hommes bien intentionnés est d’exclure, celui de Jésus est d’ouvrir.

 

Prétendre enfermer l’Évangile dans un copywrite, c’est justement empêcher Jésus d’être Évangile, c'est-à-dire Bonne Nouvelle pour tous les peuples.  Car l’Esprit de Dieu remplit l’espace-temps.  Il n’y a pas d’année, pas de siècle, pas de millénaire privilégié pour l’Esprit, il souffle librement et quand il veut.  Aussi, l’Esprit Saint remplit l’espace géographique.  Il n’y a pas de pays, pas de ville, pas de village, pas de maison privilégiée pour lui, il souffle librement et où il veut.  Enfin, l’Esprit, ce souffle déjà présent au dessus des eaux à l’aube de la création, remplit également l’espace du cœur.  Il n’y a pas d’homme ou de femme, de nation ou de peuple privilégié pour l’Esprit.  Il souffle librement et où il veut.  Personne ne pourra jamais obliger l’Esprit à suivre la « voie officielle » et les hiérarchies établies.

 

Mais alors, comment dans la foule, reconnaître ceux et celles qui se réclament de Jésus, ceux et celles qui s’identifient comme chrétiens ou comme chrétiennes ?  Ouvrons grands nos yeux et grandes nos oreilles, car ces personnes prennent divers visages.  Et la plupart du temps, elles ne revendiquent pas de copywrite sur des valeurs ou des principes.  Ce sont des « ouvreurs » de chemin, des rassembleurs, des personnes généreuses.  Fait à noter, ces hommes et ces femmes qui se réclament de Jésus croient comme lui à l’incroyable force des petits gestes pour changer le monde.

 

Bien avant la naissance du Sauveur, Isaïe a présenté Jésus comme la « pierre angulaire » promise par Dieu pour servir de fondation à un peuple nouveau, une terre nouvelle.  Mais à quoi peut bien servir une pierre angulaire si elle ne peut s’insérer dans un ensemble et soutenir une construction robuste ?  C’est avec nous que le Christ veut construire aujourd’hui son Église.  C’est avec nous qu’il veut innover, créer et imaginer des chemins nouveaux.  Je ne suis peut-être qu’un petit caillou, mais dans cette construction, j’ai une place importante, un rôle indispensable à jouer.  Je ne suis peut-être qu’un petit caillou, mais, à ma façon, je donne de la beauté à l’édifice et, même si c’est incroyable, je rends visible et crédible l’Amour de Dieu dans le monde.

 

« Maître, nous avons vu quelqu’un chasser les esprits mauvais en ton nom.  Nous avons voulu l’en empêcher,car il n’est pas de ceux qui nous suivent ».  Avons-nous, comme ce fut le cas pour les apôtres un jour où les affaires allaient bien, le souci de l’exclusion et du droit d’auteur ou avons nous celui de l’ouverture et de la tolérance ?  Comme la biodiversité est nécessaire à la croissance et à l’épanouissement des organismes vivants, la différence de pensée, d’opinion, et d’action doit être vu comme une richesse et non comme un obstacle à la croissance de l’Église.  Avons-nous vraiment retenu la leçon que Jésus a servi autrefois à ses plus proches disciples ?

 

Yvan Demers
Reproduction autorisée avec la mention du nom de l'auteur

 

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UN DÉFI POUR L'ÉGLISE


Je suis confirmé depuis environ 32 ans. Dans mon temps (!), l’évêque ne donnait plus de « claques » ni de « soufflets » affectueux. Peut-être aurait-il mieux fallu qu’il en donne quelques une pour nous réveiller, car aujourd’hui, c’est à peine si je me rappelle les sept dons de l’Esprit-Saint. Surtout, ne me demandez pas les fruits de l’Esprit, c’est encore plus loin dans mes souvenirs ! Et puis, pourquoi cette grande différence entre les apôtres et moi ? Eux, les chanceux, ils avaient les signes : un vent violent, un bruit aussi fort qu’un coup de tonnerre et le feu qui traverse la toiture pour se déposer sur leur tête. Avec des signes pareils, impossible d’oublier, on n’a pas le choix de croire ! Pourtant, à ma confirmation, pas de signes aussi spectaculaires, il fallait tout simplement que je ferme les yeux et que « j’écoute Jésus parler dans mon cœur ». Les apôtres, ces chanceux de la première heure étaient peureux et tout tremblants et pourtant, ils sont devenus courageux. Ils étaient muets et ils sont devenus des témoins, des orateurs et même des maîtres à penser reconnus. Quand ils ont reçu l’Esprit, ils se sont mis à parler en d’autres langues et ils se faisaient comprendre de tous. Sans aucun doute, ces hommes ont vécu une expérience qui les a transformés complètement. C’est une tout autre affaire dans mon cas. Pour moi et les membres de mon entourage, au soir de ma confirmation, il n’y avait pas de changement spectaculaire et par surcroît, j’ai toujours eu beaucoup de difficulté à maîtriser une deuxième langue !

Pourquoi cette différence importante entre l’expérience des apôtres et la mienne aujourd'hui ? Pourquoi ce contraste un peu gênant entre la vie des premiers chrétiens et la vie de l’Église à laquelle j’appartiens ? L’Esprit-Saint n’est-il pas le même hier, aujourd’hui et pour toujours ? Alors, pourquoi semble-t-il distribuer ses dons en cachette, sans bruit, sans vent et sans feu ? « Ne vous inquiétez pas de ce que vous aurez à répondre si vous êtes devant le tribunal, car L’Esprit-Saint parlera pour vous ». Cette parole de Jésus semble nous indiquer que l’Esprit agit quand la situation le commande. En d’autres mots, plus on est témoin et plus l’Esprit agit. L’histoire de l’Église n’est-elle pas remplie d’exemples d’hommes et de femmes de conditions faibles et sans moyens qui ont réalisé des œuvres extraordinaires ? Pensons seulement à nos ancêtres Français qui avaient à cœur la transmission de l’Évangile d’un océan à l’autre. À demander des interventions spectaculaires de l’Esprit, c’est peut-être mettre la charrue avant les bœufs. Si, plus on est témoin et plus l’Esprit est actif, pourquoi se dérangerait-il si je passe ma vie sans témoigner ? La parole de Jésus a le mérite de me responsabiliser, de m’obliger à faire les premiers pas. N’est-ce pas ce dont on fait les apôtres le soir de la Pentecôte ?

Il y a bien des façons de témoigner de sa foi. Aux fins de mon propos, je vais les regrouper en deux grandes catégories à la fois opposées et caricaturées. La première façon consiste à ramener les égarés dans le droit chemin, c'est-à-dire le nôtre. C’est l’attitude qui consiste à dire « Hors de l’Église point de Salut ! » Nous allons vers les autres pour qu’ils deviennent comme nous. C’est un peu caricaturé, mais, cette façon de penser et de faire, les personnes qui nous entourent ne la supportent plus et la soupçonnent à juste titre d’être en fait une forme de récupération. La deuxième façon a pour mot d’ordre le respect. Mais trop souvent, le respect mal vécu : pour ne pas déplaire aux membres de ma famille, à mes collègues de travail et à mon voisin, je ne parle pas de religion. Je respecte tellement les autres que je ne me respecte plus. On ne choque plus personne, mais, au bout du compte, sommes-nous encore chrétiens ? L’Évangile nous invite à ni une ni l’autre de ces deux attitudes. Jésus, tel que nous le présentent les évangélistes, s’intéresse à la vie quotidienne des hommes et des femmes qu’ils rencontrent pour ce qu’ils sont et non pas d’abord parce qu’ils peuvent représenter de futurs disciples. Jésus ne fait pas de racolage et pourtant, ses paroles et surtout ses gestes transpirent l’Amour de Dieu. Il ne cherche pas à récupérer les gens qu’il rencontre, il les accueille.

L’un des nombreux défis qui se présentent à l’Église des temps modernes me semble être la mise sur pied de lieux et d’occasions qui permettraient aux chrétiens et aux chrétiennes de prendre la parole, de se parler entre eux. Notre société laïque rend plus difficile cette prise de parole dans nos lieux de travail et dans nos écoles. Des enfants, des adolescents, des hommes et des femmes souffrent de ce manque d’espace pour une parole libre et respectueuse sur les dimensions spirituelles et religieuses qui les habitent. Déjà, l’Église du Québec s’affaire à mettre en place des « parcours » catéchétiques à l’intention des enfants et des adolescents. Ces parcours ou plutôt, ces « espaces de la parole-Parole » prennent des formes, des lieux et des clientèles très diversifiés. Ces lieux permettent à nos jeunes d’exprimer leur foi sans avoir à rougir du jugement de leur entourage. L’Eucharistie dominicale, bien quelle soit le sommet de la vie chrétienne, ne peut à elle seule remplir toutes les fonctions : sociale, sacramentelle, catéchétique, informative et de rassemblement. Nous avons le défi de créer d’autres lieux, d’autres espaces plus près des gens et qui rendent possible, par de petits regroupements, une prise de parole qui permet l’effusion de l’Esprit promit par Jésus. Si je passe ma vie sans être témoin, pourquoi l’Esprit se dérangerait-il ? C’est à nous de créer ces occasions de témoignages dans notre Église.
 

Yvan Demers
Reproduction autorisée avec la mention du nom de l'auteur

 

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PLUS QU'UN MIRACLE, UN « SIGNE »


 

« Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. » L'évangéliste Jean est le seul auteur à ne pas utiliser le mot « miracle » pour parler des gestes extraordinaires de Jésus. Aussi, il est le seul à raconter le mariage à Cana. Pourquoi parle-t-il de « signes » plutôt que de miracles ? Pourquoi est-il le seul à raconter cette noce ?

Un signe

On peut lire dans le dictionnaire qu'un signe, « …c'est ce qui fait connaître l'existence d'une réalité présente ou future ». En utilisant le mot « signe », l'évangéliste pousse ses lecteurs et ses lectrices à dépasser ce qui est visible pour accéder à l'invisible. Ainsi, l'eau qui se change en vin serait le signe d'une réalité encore plus grande, plus belle, mille fois plus bénéfique pour notre vie que le miracle à lui seul. D'ailleurs, ne trouvez-vous pas cette noce un peu étrange ? Jean s'attarde plus longuement à décrire les six cuves de pierres et leur mesure exacte qu'à nous donner le nom de la mariée et du marié ! Et Marie, que fait-elle auprès de Jésus ? Je crois avoir assez de doigts sur une seule main pour compter le nombre de fois que les évangélistes nous parlent explicitement de la présence de Marie auprès de Jésus pendant toute sa vie publique. Curieusement, le miracle de Jésus demeure secret : seulement Marie et les serviteurs connaissent le prodige opéré par Jésus. Cette discrétion pour un événement aussi extraordinaire pose question. Décidément, dans le récit de Jean, il y a certainement plus que la noce, probablement plus que le miracle d'une eau changée en vin. Le récit de l'évangéliste serait-il une catéchèse sur la personne et le message de Jésus, le Fils de Dieu. Si le Fils bien-aimé du Père est capable de transformer un liquide inodore, incolore et sans saveur en un liquide savoureux, coloré et porteur de joie, serait-il possible qu'il puisse aussi transformer notre coeur ? Et si ce miracle ne serait que le signe d'un changement encore plus grand, celui que le Seigneur opère discrètement sur nos vies et dans le monde ?

Une vision du monde

Si le Christ est capable de changer l'eau en vin, il est certainement capable de changer notre façon de voir le monde. Les chrétiens et les chrétiennes ont une vision particulière du monde. Ils savent que la terre sur laquelle ils évoluent et le monde dans lequel ils vivent ne courent pas à sa perte. Notre monde n'est pas mauvais, car nous le savons aimé de Dieu, voulu par Dieu, créé par Dieu. Transformés par Jésus, les chrétiens et les chrétiennes ne prennent pas le parti de ceux qui détruisent, mais plutôt le parti de ceux qui construisent. Ils ne font pas parti du groupe qui brise, mais plutôt de celui qui répare. Les chrétiens et les chrétiennes fuient la critique pour la critique, ils préfèrent proposer des solutions aux problèmes qui les entourent. Transformés par l'action discrète du Christ, les chrétiens et les chrétiennes sont porteurs d'une vision positive et aimante de notre monde. Voilà pourquoi plusieurs d'entre nous sont engagés dans la transformation de notre monde, de notre milieu de vie, de notre paroisse, de nos associations et clubs de toutes sortes.

Une vision sur les personnes

Si le Christ est capable de changer l'eau en vin, il est sûrement capable de changer notre façon de voir les personnes qui nous entourent. À son exemple, les chrétiens et les chrétiennes sont sensibles à la richesse intérieure des personnes. Ils ne se laissent pas facilement impressionner par les apparences extérieures. À l'exemple de Jésus, ils ont une préférence pour les trésors intérieurs qui se cachent au fond des cœurs des personnes faibles, pauvres et blessées par la vie. Les François d'Assise, Vincent de Paul, Marguerite Bourgoeys, Jeanne Mance, Jean Vanier, Mère Thérésa pour ne citer que ces témoins, sont des chrétiens transformés par le Christ qui ont pris au sérieux ses paroles : « Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d'eau fraîche, à l'un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : il ne perdra pas sa récompense. » Transformés par l'action discrète du Christ, les chrétiens et les chrétiennes sont porteurs d’espérance pour une multitude d’exclus.

Une vision de l'invisible

Si le Christ est capable de changer l'eau en vin, il est radicalement capable de changer nos façons de voir les réalités qui nous entourent. C'est le Petit Prince de St-Exupéry qui disait que « …l'important est invisible pour les yeux ». Les chrétiens et les chrétiennes sont d'accord avec cette affirmation. Ils savent que « …Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Dans un monde qui valorise ce qui se voit, se compare, s'achète et qui se prouve scientifiquement, les chrétiens et les chrétiennes voient ce dont l'œil ne peut voir et acceptent ce dont l'intelligence ne peut comprendre. Ils sont nombreux ces hommes et ces femmes qui se réunissent le premier jour de la semaine pour accueillir une parole et partager un pain précieux, signe de la présence du Ressuscité dans notre monde. Ils sont nombreux ces chrétiens à croire que la vie est plus forte que la mort et que Dieu fait des merveilles dans le sourire d'un enfant, une caresse d'un parent ou le réconfort d'un grand parent. Transformés par l'action discrète du Christ, les chrétiens et les chrétiennes sont porteurs de valeurs qui dépassent les modes et les bonheurs éphémères.

« Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. » Effectivement, il s'agissait bien d'un premier signe. Combien d'autres signes réalise-t-il dans notre vie ? Avons-nous pris le temps de nous arrêter pour « voir » ce que nos yeux n'ont pas vu ? Sommes-nous encore dans la salle de noce à Cana, le nez au-dessus des cuves de pierres à tenter de comprendre scientifiquement le changement de l'eau en vin ?
 

Yvan Demers
Reproduction autorisée avec la mention du nom de l'auteur

 

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COMMENT VIVRE SA FOI AUJOURD'HUI ?


Comment vivez-vous votre foi, votre appartenance à Jésus Christ ? Autrefois, cette question suscitait une réponse quasiment unanime alors qu'aujourd'hui, nous aurions probablement autant de réponses différentes que de répondants. Qu'est-ce qui a changé ? Pourquoi ce qui semblait immuable il n'y a pas si longtemps a-t-il si rapidement basculé ? Mais surtout, au-delà des apparences, qu'est-ce qui n'a pas changé ?

Aujourd'hui, on s'entend rapidement pour affirmer qu'il y a plusieurs façons de vivre sa foi en Jésus ressuscité. Mais, au-delà des apparences, aujourd'hui comme hier, on peut les résumer en deux grandes tendances de fond. La première tendance située plus  à droite, consiste à ramener les égarés dans le droit chemin, c'est-à-dire le nôtre. C'est l'attitude qui affirme que « Hors de l'Église point de salut ! » Nous allons alors vers les autres pour qu'ils devienn